05.11.2008
Ça aussi
Faut pas croire, je suis très bien comme assistant social. Je ne savais pas à la base que j’aurais à m’occuper de choses pareilles, mais pourquoi pas ? En fait, j’ai eu un appel en début de semaine d’une personne qui me disait ne plus avoir d’eau. Dans l’immeuble ? Dans l’appartement ? Si c’est uniquement vous, c’est qu’il y a un problème au niveau du paiement de la facture ! Vous avez un contrat ou c’est compris dans vos charges ? Dans vos charges, donnez-moi les coordonnées du proprio que je lui vole dans les plumes. Le Rouge-Gorge, défenseur de la veuve et de l’orphelin, toujours prêt !
Mais, petite suspicion que tout n’est pas tout blanc ou tout noir de part et d’autre. Je creuse un peu avec la dame au téléphone et j’apprends qu’en fait, elle n’est pas locataire en titre. La famille hébergée à l’hôtel par services d’aide sociale à l’enfance a profité du départ d’un couple d’amis de ce logement pour le squatter. Au départ, c’est l’ancien locataire qui servait d’intermédiaire entre le sous-locataire et le propriétaire et quand il en a eu assez de faire le pourvoyeur, le proprio a continué d’encaisser les loyers, mais voulant plus, il y a eu blocage et arrêt du paiement des loyers.
Diverses tractations entre le propriétaire, l’agence de location, l’assistante sociale (la vraie) et le locataire, mais rien n’a abouti. Du coup, le proprio ne paie pas sa facture d’eau, d’où mon interpellation par la famille. Ce matin, tout le monde est convié dans mon bureau, sauf l’assistante sociale qui me fait « pleinement confiance » pour débloquer le truc (en fait, tu me demandes de faire ton boulot là, y a une prime ? Un truc ? Non, juste la gratitude de la famille ! Je m’en accommoderais…) et on met les choses à plat. Depuis quand squattez-vous ? Qu’avez-vous payé ? De combien est le loyer ? Que pouvez-vous donner en plus du loyer courant pour apurer la dette ? Etes-vous d’accord pour mettre en place un contrat de bail ? Quel montant de loyer voulez-vous pratiquer ?
Et de sortir d’une heure de tractations avec les éléments suivants :
- la flotte a été remise en signe de bonne volonté du propriétaire (qui a parlé de menace, d’arrêté de réquisition d’eau par la ville et facturation de l’ensemble des frais, en plus de la facture, à la charge unique du propriétaire ? Qui ? Le piaf, connais pas !) ;
- le premier novembre, la famille aura un contrat de bail, un plan d’apurement de dettes qu’elle pourra honorer, un soutien de la ville pour l’allocation logement, une aide pour son installation et la promesse que l’on fera tout pour leur trouver un logement correspondant à la taille de la famille et à leurs ressources ;
- un propriétaire qui se voit rembourser sa dette, un locataire en titre qui paiera ses loyers et une promesse de la ville de voir ledit locataire être relogé dans les meilleurs délais.
D’accord, j’ai encore une heure de paperasse devant moi, mais en même temps, j’ai surtout la satisfaction de voir que je vais faire des heureux.
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